Au feu!

Des enfants, ça se met au monde de toutes sortes de manières et dans toutes sortes de circonstances! Les médecins de campagne qui ne sont pas gâtés, sont appelés à faire des accouchements dans des milieux qui feraient le désespoir des médecins de la ville et voici un cas tout à fait spécial dont je me rappellerai longtemps.

Il y a de cela une trentaine d’années, j’étais appelé au Lac à Beauce, petit village situé à douze milles de La Tuque, pour accoucher une jeune femme. C’était son premier bébé. Je n’avais jamais vu cette jeune femme. Naturellement, la période d’attente fut assez longue chez une primipare et j’avais amplement le temps d’étudier le milieu.

Le jeune couple habitait dans une cabane en bois rond plutôt confortable et bien chauffée, un peu trop même, mais comme nous étions au mois de décembre, le mari pour tuer le temps entretenait le poêle. Les vieux prétendaient qu’un petit qui sortait d’un milieu bien chaud, devait rencontrer à sa naissance un millieu aussi chaud!

Ce camp n’avait qu’une seule pièce qui servait de cuisine, de chambre à coucher et de salon. Il devait mesurer vingt par vingt-neuf pieds. Les murs étaient tapissés avec des pages illustrées de La Presse. Je n’avait qu’à faire le tour du camp et lire ces pages. Une lampe Coleman était suspendue au plafond et à côté du lit, il y avait une autre lampe à l’huile. Le pied de cette lampe était en porcelaine avec des grosses roses rouges. Ils trouvaient probablement cette lampe belle, moi, je la trouvais atroce. Cette lampe avait une longue cheminée et celle-ci était surmontée par un abat-jour également en porcelaine. L’attente dura plusieurs heures et au petit jour, le petit commença à se montrer le nez. La mèche de la lampe avait été baissée pour ne pas fatiguer la patiente. Le mari décida de la remonter afin de mieux voir ce qui se passait.

Malheureusement, au lieu de la monter, il la baissa. Il était terriblement nerveux et excité. Comme cette lampe projetait des drôles de lueurs, je m’aperçus que la mèche était tombée dans le réservoir et que l’huile était en feu et pendant ce temps, le petit s’en venait. Il n’y avait pas une minute à perdre. Je pris la patiente dans mes bras et la transportai dehors. À peine avait-on franchi la porte que la lampe fit explosion. Dans l’espace de quelques instants, le camp était en feu. Les pages illustrées en faisaient une proie facile.

Quand un bébé a décidé de venir au monde, ça prend plus qu’un petit feu pour l’arrêter. Il vint au monde sur un banc de neige et les voisins étant accourus en voyant les flammes, la transportèrent chez eux en enveloppant le bébé avec des couvertes que j’avais sorti du camp sans m’en apercevoir.

L’enfant et la mère survécurent, j’avais eu la frousse pour ne pas dire une peur bleue.

Et c’est ainsi qu’on accouchait les femmes dans les pays d’en haut!!

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