Noël

Que de souvenirs cette fête réveille!

Je me rappelle encore des premiers Noël à Pierreville quand j’avais cinq ou six ans. Nous habitions un deuxième étage et il y avait un escalier qui menait au grenier. Avant d’aller nous coucher, nous accrochions nos grands bas noirs à cet escalier et au réveil, à onze heures, nous constations que le Père Noël était passé. Il y avait dans nos bas une pomme, une orange et quelques petits animaux ou personnages en sucre d’orge. Comme ni le papier ciré ni le cellophane n’avaient pas encore été inventés, les bonbons étaient recouverts de brins de laine.

Nous partions pour la messe de minuit sans avoir goûté à ces friandises. Il fallait être à jeun trois heures avant d’aller communier.

Après la messe, c’était le réveillon avec bouillon chaud, tourtières, ragoût et tartes à la farlouche. Le jour de Noël n’était pas aussi compliqué qu’aujourd’hui et nous savions nous contenter de ce que le Père Noël avait apporté. Nous étions heureux tout de même, tout autant que les jeunes d’aujourd’hui.

Plus tard, quand j’étais au séminaire, le jour de Noël était encore plus simple puisque nous devions le passer au collège. C’était plus une fête religieuse qu’autre chose.

Notre congé des fêtes commençait la veille du Jour de l’An pour se terminer le lendemain des Rois. Nos étrennes alors consistaient en choses utiles, casques, patins, tuques, etc…

Plus tard, après mes études de médecine, alors que je pratiquais à La Tuque, Louise et ma fille Lise et moi, partions en train pour Pierreville pour arriver la veille de Noël. Nous faisions donc deux cent cinquante milles pour aller passer la Noël à Pierreville et nous apportions les étrennes pour notre mère et nos deux soeurs. Je me rappelle qu’une fois, ne sachant quoi donner à maman, nous avions pensé lui donner un parapluie. Nous avions l’air un peu bête de donner un tel objet en plein hiver. Le jour de Noël, il pleuvait à boire debout et maman toute heureuse étrennait son beau parapluie tout neuf!

Je me rappelle qu’après la messe de minuit où la plus belle voix du village s’était évertuée à chanter le «Minuit Chrétien» traditionnel, nous nous embarquions dans la cariole pour nous rendre à la ferme familiale que mon frère Paul exploitait.

Je revois encore mon frère Paul avec son capot de chat et sa ceinture fléchée, debout devant la cariole. J’entends encore le son des grelots. Les voitures des habitants se suivaient au grand train des chevaux et c’était toute une féérie de s’en aller ainsi en pleine nuit avec un ciel parsemé d’étoiles et un beau clair de lune et souvent un froid sibérien et d’entendre les sons variés des grelots.

Rendus à la maison, c’était le grand réveillon avec tout le tra-la-la: ragoût de pattes avec boulettes, tourtières au porc, graisse de rôti, tête en fromage et cretons assortis que les vieilles tantes avaient préparés et ceci se terminait avec des tartes à la farlouche et de la tire que tante Jeannette avait faite avec du sirop d’érable et des noix longues.

Que c’était donc bon et l’eau m’en vient à la bouche. D’autant plus que je n’ai plus le droit de toucher à toutes ces bonnes choses.

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