Garde Dansereau

Pendant mon séjour à La Tuque, quatre-vingt pour cent des accouchements se faisaient à domicile. Seuls les gens en moyens pouvaient se payer le luxe d’aller à l’hôpital.

Il arriva un jour que je fus appelé pour accoucher Madame Laroche et j’avais comme assistante garde Dansereau, garde de tout repos. Cette dame qui en était à sa sept ou huitième grossesse avait toujours des accouchements difficiles qui nécessitaient les forceps.

La chambre était en haut. Garde Dansereau donna un lavement et je la vois encore descendre l’escalier avec sa bassine, me disant en passant que le lavement avait bien réussi et que la patiente était prête. Je montai et on installa la malade de travers sur le lit. Garde Dansereau commença à donner l’anesthésie et j’installai les forceps. La patiente endormie, je commençai la traction et il arriva ce qui ne devait pas arriver. L’eau ayant servi au lavement était supposée avoir toute été évacuée. Tel n’était pas le cas et je reçus en pleine figure la balance du lavement. J’en était couvert des pieds à la tête. Une chance que j’avais la bouche fermée, j’en aurais sûrement mangé. Il fallait terminer l’accouchement dans de telles conditions et il me fallut ensuite téléphoner à ma femme pour qu’elle m’envoyât tout un change, sous-vêtements, chemise, bas et souliers.

Garde Dansereau tomba d’un cran dans mon estime et je vous prie de croire qu’à partir de cet accouchement-là, elle prit soin de compléter son lavement.

Et tout ça pour 10,00$, c’était le prix que nous chargions dans les années trente.

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