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Wolf von Kleist

On se demandera probablement ce que ce nom de noblesse allemande vient faire dans ma vie. Il s’agit du nom de mon chien, berger allemand pure race qui fut mon ami fidèle et mon compagnon durant dix-sept ans à La Tuque.

J’avais toujours aimé les animaux et je me rappelle que tout jeune, ayant été élevé voisin d’une boulangerie qu’opérait un de mes oncles où il y avait de nombreux rats attirés par la farine, on gardait quantité de chats pour leur faire la chasse, je passais mon temps à jouer avec eux. Installé à La Tuque, je m’achetai un setter irlandais, couleur rouge brique. Il était très beau avec sa longue frange aux pattes et à la queue. Jack était sans malice et aimait les enfants. Ma petite fille l’adorait et je me rappelle maintes fois où Lise s’endormait, sur le tapis du salon, entre ses pattes. Il n’aurait pas remué pour ne pas l’éveiller.

Malheureusement, Jack mourut et je m’achetai un setter anglais. Il était noir et blanc et avait les mêmes qualités que Jack. Cette race de chiens est sans défense. Un de mes bons amis, Harry Hillier, avait un bulldog anglais et chaque fois que je passais devant son magasin, il donnait une raclée à Sultan. Je donnai ce dernier chien à mon frère Paul qui l’amena à Pierreville sur sa ferme.

Je m’achetai un berger allemand pure race. Il était de toute beauté et ressemblait à Rin-Tin-Tin comme deux gouttes d’eau.

Je le gardai en laisse pendant quelques mois. Il avait six mois quand je l’achetai. À un an, il me suivait partout et c’est alors que j’eus ma douce revanche. En passant devant le magasin Hillier, son bull dog, qui ne cherchait que la chicane, sauta sur Wolf et la bataille s’engagea en plein milieu de la rue. Elle dura plus d’une demi-heure et il fallut l’arrivée des pompiers pour les séparer. Ce fut un combat royal et le traffic arrêté sur la rue Commerciale. Le bull dog prit le chemin du magasin, joliment penaud d’avoir rencontré son maître et Wolf fut par la suite le roi incontesté de la ville. Wolf me suivait partout quand je faisais mes visites et à chaque après-midi, il se couchait à la porte de mon bureau et m’attendait. Quand je partais pour mes longues randonnées à travers les bois, il se couchait au pied de notre lit et malheur à celui qui aurait voulu approcher.

Quand nous couchions les enfants dehors dans leur carrosse, Wolf se couchait à côté et ne laissait approcher personne. Il était permis de regarder l’enfant mais pas plus.

Wolf détestait les ivrognes et plus d’une fois, sur commande, il les sortait de la pharmacie quand ils étaient trop tapageurs.

Il mourut à l’âge de dix-sept ans. Souffrant d’arthrite, il pouvait à peine marcher. Je l’enterrai dans ma cour.