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1925

Cette année-là fut mémorable. Il se produisit un tremblement de terre dont les vieux parlent encore. Ce fut la plus grosse secousse sismique jamais enregistrée au Canada.

Sur la fin de l’après-midi, au milieu de décembre*, j’avais été appelé pour traiter une femme dans les chantiers situés à quelques milles de la Rivière aux Rats. Il fallait faire vingt milles en voiture jusqu’à cet endroit et ensuite prendre le bois et parcourir une autre distance de douze milles à travers la forêt. En passant au Lac à Beauce, j’avais ramassé le curé Damphousse, missionnaire. Il avait son propre cheval et voiture, et à la Rivière aux Rats, il fallait changer de chevaux.

Il faisait noir comme chez le diable! Pas un petit brin de lune et pas une étoile. Nos chevaux semblaient voir clair dans cette noirceur. Nous devions traverser le grand lac Sassamaskin, douze milles de long, et au bout du lac nous pouvions voir deux petites lumières vacillantes. C’était là où nous allions. Ce que ça peut être monotone que de s’en aller comme ça en pleine nuit, ne voyant ni ciel ni terre, au petit trot de nos chevaux. De temps en temps, j’entendais la voix de mon curé qui criait: «Marche, marche, la blonde!», et c’était tout.

Tout à coup vers neuf heures trente, il se produisit une chose extraordinaire. Un bruit sourd se fit entendre, bruit impossible à décrire. Nos cariolles commencent à vaciller, nos chevaux pris de panique, sentant la glace manquer, se cambrent et nous entendons comme des coups de canons, se répercutant d’un bout à l’autre du lac. C’était la glace qui craquait et ça menait un bruit terrible. Cela dura ce qui nous sembla une éternité, mais à peine une minute et demi et tout à coup tout arrête. Le grand silence de la nuit. Je débarque de ma voiture et je vais trouver mon compagnon qui était tout aussi abasourdi que moi. Il avait cru que c’était la fin du monde. Nous n’avions pas la moindre idée de ce qui c’était passé et ce n’est que rendus à destination que les gens nous dirent que c’était un tremblement de terre. Les vitres des campements étaient brisées. Les hommes de chantiers s’étaient mis à genoux, croyant eux aussi que c’était la fin du monde, et pourtant c’étaient des durs à cuire.

Je m’empressai de téléphoner à ma femme à La Tuque pour la rassurer et lui dire que j’étais sain et sauf. J’étais d’autant plus inquiet d’elle, qu’elle était enceinte de son premier bébé.

L’expérience que nous avons vécue cette nuit-là doit être unique dans la vie d’un homme et je ne l’ai jamais oubliée.

Compléments

En réalité, le tremblement de terre s’est produit le samedi soir 28 février, tel qu’il appert des journaux publiés le lundi suivant, 2 mars 1925.

Transcription de la une du Nouvelliste du 2 mars 1925.

Description du séisme de Charlevoix-Kamouraska de 1925 (Ressources naturelle Canada)

La zone sismique de Charlevoix-Kamouraska