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Les trois morts

La position de coroner dans une petite ville pouvait être honorifique mais elle n’était pas une sinécure. À preuve, l’aventure qui m’est arrivée.

Un soir, je recevais un appel téléphonique pour me dire qu’un accident d’automobile avait fait trois morts sur la route 19 entre La Tuque et Grand’mère à quarante milles de chez-nous. Il était dix heures du soir.

Comme c’était la princesse qui payait, c’est-à-dire la province, j’appelai un taxi. En arrivant sur les lieux, je constatai qu’il y avait eu collision entre un camion et une automobile, cette dernière était complètement démolie. De peine et de misère, je parvins à extraire deux morts des débris. Je constatai qu’il y avait un autre corps sur le bord de la route, il était sans vie.

Nous étions en plein bois. J’entendis des plaintes et je trouvai un autre blessé qui lui n’était pas mort.

Que faire dans une circonstance pareille? Nous ne pouvions pas laisser les morts sur le bord de la route. Il n’y avait pas de téléphone chez les colons avoisinants.

Mon chauffeur suggéra de mettre les corps dans la valise de sa voiture. Et c’est ce que l’on fit non sans misère, cette valise n’étant pas très grande. Heureusement que les victimes n’étaient pas trop grosses.

Il fallait ramener celui qui n’était pas mort, à l’hopital. Mon chauffeur suggéra d’enlever le siège arrière et d’y coucher notre homme.

Durant le voyage de retour, notre homme en arrière jasait avec ses compagnons, il était sous l’influence du choc et sous l’influence de la bière qu’il avait ingurgitée. Ses compagnons étaient passés de vie à trépas sans trop s’en rendre compte. Nous avions trouvé plusieurs bouteilles de bière vides dans les débris.

Le quatrième mourut quelques jours plus tard ayant eu le temps de s’assobrir.

Et comme séquelle à cette affaire, grâce à la générosité d’une millionnaire américaine qui avait sans doute trouvé notre moyen de transport plutôt primitif, la ville de La Tuque était dotée d’une ambulance moderne.